Nouvelliste du samedi 5 septembre 2015: Carine écrit sa première chronique politique…

chronique1

Ils ne se retournent pas pour dire adieu à l’exil
Un autre les attend. Ils se sont habitués
à tourner en rond
sans devant, sans arrière
sans nord ou sud. « Ils migrent »

Le poète palestinien Mahmoud Darwich décrit ainsi ceux qui sont chassés par la misère, l’autre, la force ou l’ennemi, sans espoir de repos. « Ils migrent » équivaut à un déplacement permanent. A la une des informations depuis des mois, les « migrants » ne sont en effet les bienvenus nulle part : avec ce nom qu’on leur assigne, ils sont condamnés, tôt ou tard, à repartir.
Pierre Perret nous rappelle que les exilés volontaires par voie de mer ne sont pas une nouveauté:

Elle arrivait des Somalis, Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris

« Émigrés », ils ont quitté leur patrie. S’ils ont la chance de trouver la terre ferme au bout du voyage et que le pays du port devient leur lieu de vie, ils seront des « immigrés ». Mais s’ils ne font que transiter par ce pays pour aller vers un autre, ce sont des « migrants ». L’Europe désigne les exilés du sud, plus ou moins volontaires, par ce dernier terme. Elle signale ainsi la possibilité de les accueillir à titre temporaire : migrant oui, immigrant, non.
Quand le nomadisme des Roms agite parallèlement la tranquillité des sédentaires européens, je me questionne sur l’hypocrisie des décideurs: cette migration séculaire est mal perçue, parce que marginale, alors qu’on crée un mouvement migratoire bien plus problématique, en effaçant le statut d’immigré. Temporairement tolérés, les « migrants » sont en fait des nomades. Mais contrairement aux Roms, ils n’emportent pas de maison avec eux…

O-o-o pauvre de moi à jamais
O-o-o père, mon père

 Toi sans sépulture
Nous sans foyer
Sommes-nous du vent le jouet
Du monde le rebut

Extraits:

Mahmoud Darwich (1996), Lâ yanz urûna warâ’ahum. Traduction Elias Sanbar (2006), Ils ne se retournent pas.

Pierre Perret (1977), Lily.

Rajko Djurić (1990), Bi kheresqo bi limoresqo. Sans maison, sans tombe.

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